Cavale ça veut dire s’échapper, Cali, Cherche midi

« Revenir à l’amour. Je me contente de ce que je n’ai pas. Notre mesure, notre cri, ce hurlement au fond de l’espoir. »

« La déchirure, c »est quand on tient un morceau de la photo dans chacune des mains. C’est jamais bien quand on essaye de la recoller. Il est beau ce mot : « déchirure ».

Jeudi 14 mars. Aujourd’hui sort le nouveau roman écrit par Cali, ce chanteur-poète français que j’apprécie beaucoup. Je n’ai pas lu son premier roman et je ne sais de ce fait à quoi m’attendre, mais s’il est à la hauteur de ses textes de chansons alors, je ne devrais pas être déçue ! Je me précipite donc chez ma libraire, et repart avec Cavale ça veut dire s’échapper (et, vous vous doutez bien qu’il m’est compliqué de repartir avec un seul livre de la librairie, L’expérience de la pluie sorti ce jour également, et Chroniques de San Francisco qui m’a été offert). Une fois rentrée, je le regarde, le contemple, j’ai hâte de le commencer mais déjà l’heure de rejoindre mes élèves sonne. Je le lirai finalement en deux après-midi, profitant du week-end…

L’adolescence, seize ans, l’âge transitoire entre l’enfant que nous sommes et l’adulte que nous allons devenir. C’est le moment où Cali se construit, se pose des questions sur ce qu’il est – ou plutôt, ce qu’il doit être. Ils sont quatre copains. Ensemble, ils vont monter un groupe de musique. Lorsqu’il voit Fabienne, il reconnait sans même l’avoir connu précédemment l’amour. Le vrai. L’unique. Il en est convaincu, Fabienne est l’amour de sa vie. Mais rien ne va se dérouler comme l’imagine le jeune Bruno…

« Est-ce qu’on meurt d’amour ? » Cali se livre, se dissèque au fil des pages. Il s’est construit dans la souffrance. Ce roman est une véritable mise à nu. Si le style peut laisser perplexe au début par son oralité, il en devient le rythme du roman. Et, puisque Cali est un chanteur, nous pourrions voir l’album Menteur comme la bande originale de ce roman ! 

La boîte de Pandore, Bernard Werber, Albin Michel.

« Comme si nous étions des personnages de roman. Noys croyons que nous agissons en notre âme et conscience, en faisant des choix à chaque seconde, guidés par notre libre-arbitre, et pourtant… »

Noël 2018 : Maman commande au Père Noël La boîte de Pandore de Bernard Werber. Evidemment, le 24 au soir, ô surprise, il est sous le sapin ! Maman le lit donc, puis c’est Papa qui le dévore. Les deux l’ont adoré ! Jamais deux sans trois, je serai cette troisième lectrice à parcourir ce livre, maintenant familial ! Je l’ai donc mis, à la fin des vacances, dans mes bagages avant de retrouver ma campagne.

L’hypnose. On y croit, ou on n’y croit pas. Elodie réussit à traîner René, son collègue professeur d’histoire géographie, dans la péniche La boite de Pandore, à un numéro d’hypnose. Pas de chance, il est choisi comme cobaye. Lui qui n’y croit pas pense ne pas risquer grand-chose – à part, éventuellement une ridiculisation sur scène. Pourtant, le charme opère, ouvrant à jamais la boîte (de Pandore) de René, et libérant tout son contenu …

Un livre captivant, tant par son récit que par ses notes historiques ! Bernard Werber nous entraîne dans un monde parallèle, en dressant le portrait de notre prétendue civilisation et de son évolution – tantôt positive, tantôt négative. Un livre difficile à reposer tant qu’il n’est pas fini !

Vous aimer, Caroline Bongrand, Pocket

« Il faut une vie pour s’aimer. Se pardonner ce qu’on n’est pas, apprivoiser ses défauts, comprendre enfin qu’ils n’en sont pas, être tendre avec soi. »

Je n’ai pas choisi ce livre. Je ne l’avais même jamais vu en librairie. Il est – aussi étonnant que cela puisse vous paraître – arrivé dans ma boîte aux lettres, emballé dans un beau papier de soie. Cela fait maintenant quatre mois que j’attends tous les mois ma box, ouvrant ma boîte aux lettres avec impatience lorsque je sais que les livres sont en chemin. Cette box, c’est la box le ptit colli. J’ai découvert ce concept il y a donc quelques mois, et je n’en suis pas déçue ! Je vous explique : vous créez votre compte, vous choisissez quels genres de romans vous aimez (à l’appui, vous glissez dans votre bibliothèque virtuelle, vos romans fétiches), et, enfin, vous décidez si vous voulez être surpris (un peu, beaucoup ou… pas du tout !). Pour ma part, je la reçois tous les mois mais vous pouvez prendre un abonnement moins fréquent. Pour les intéressés, voici le lien : https://blog.collibris-app.com/le-ptit-colli-une-experience-de-lecture-unique-et-personnalisee/

         Elle, quarante-cinq ans, une vie de couple quoi de plus banale, avec ses hauts et ses bas. Une vie bien réglée entre les enfants à élever et les reproches de son mari sur ceci, sur cela : sur tout ce qu’elle est. Jamais assez ceci, trop cela… Elle, malgré l’usure du quotidien sur les sentiments, s’interdit de croire aux contes de fées. Pourtant, il est bien là. Une rencontre, puis deux : la naissance d’une fulgurance, d’une passion amoureuse…

         Une histoire de vie, mais aussi une réflexion sur l’amour, sur la prise que peut avoir le quotidien sur un couple. Un roman dont on ne saurait prévoir la fin…  

La frivolité est une affaire sérieuse, Frédéric Beigbeder, Editions de l’Observatoire.

« Lire, c’est comme prendre un petit-déjeuner dans un palace en faillite : on attend la fermeture. Il en reste des impressions, des souvenirs, des figures et un style ».

                J’ai toujours adoré le style de Beigbeder. Adolescente, je lisais les aventures de Marc Maronnier dans les différents romans de l’auteur. Cela faisait un moment que je ne retrouvais plus l’auteur que j’avais tant aimé durant ma jeunesse, me demandant si c’était le fait d’avoir grandi ou si c’était lui qui avait changé… Tombée par hasard sur La frivolité est une affaire sérieuse, je l’ai lu sans a priori et sans attente…

               L’auteur parle en son nom. Ce livre n’est pas un roman, mais un assemblage de différentes chroniques, répertoriées en trois classes : avant 2015, pendant 2015, après 2015. Les sujets sont variés : on passe du quotidien de la vie de l’auteur à des phénomènes mondiaux, en passant par la politique… Le tout soutenu par une véritable réflexion sur le monde, sur sa décadence, et sur la place de la littérature (écriture et lecture) aujourd’hui. 

                Un livre à picorer ou à lire dans un seul mouvement, avec ce style de Beigbeder que j’affectionne tout particulièrement, d’une complexe simplicité. Dire les choses les plus complexes par un choix judicieux de simples mots.

Une sirène à Paris, Mathias Malzieu, Albin Michel.

« Ça n’existe pas les sirènes. Gaspard était expert en rêverie. Il pouvait imaginer toutes sortes de choses. Mais là, c’était la réalité. Il n’avait bu que du thé à la menthe, et à part un Doliprane et de la vitamine C, il n’avait consommé aucune drogue. Et se frotter les yeux ne changeait rien à ce qu’il continuait de voir… »

                A chaque fois que Mathias Malzieu sort un nouveau roman, à sa vue dans les rayons, on s’en empare sans réfléchir, avec des étoiles plein les yeux. Peut-être que Mathias Malzieu ne vous dit rien, mais connaissez-vous le groupe de musique Dionysos ? Il en est le chanteur, et sort souvent la musique de son roman (ou le roman de sa musique). Pour ma part, j’ai découvert le groupe et l’auteur avec La Mécanique du cœur. Ce dernier m’avait enchantée. C’est tout naturellement que j’ai donc lu en ce samedi 9 mars après-midi, son dernier roman : Une sirène à Paris. Un titre qui, a priori, promet de belles rencontres !

                2016, la Seine déborde : Paris est submergé. Gaspard n’est pas né avec le cœur gelé mais a décidé de ne plus aimer après une rupture difficile. Il ne se sent bien qu’au Flowerburger, le bateau cabaret laissé par feue sa grand-mère Sylvia. Camille, le père de Gaspard, prend la décision de vendre le bateau, héritage de Sylvia. Une façon, selon lui, de tourner la page et d’aller de l’avant. Libérer Gaspard de ses fantômes-souvenirs. Que Gaspard va-t-il devenir sans sa seule bouffée d’air aquatique ?

Le long de la Seine, il va faire une des rencontres les plus surprenantes. Du jeune homme vivant dans son passé, il va devenir l’acteur principal d’un drôle de présent.

                Quelle parenthèse enchanteresse ! Le temps s’arrête à la lecture de ce livre. Une bulle de savon sortie du bain nous enveloppe, devenant notre nid douillet pendant la lecture, et qui éclate quand on referme le livre. C’est un véritable conte que nous propose Mathias Malzieu, un « putain de prince charmant avec une belle au bain dormant ».

PS : lorsque vous arriverez page 154, n’oubliez pas de passer la musique Une sirène à Paris du groupe Dionysos, les personnages prendront (encore plus) vie durant le temps d’une chanson !

Deux Soeurs, David Foenkinos, Gallimard.

Pour ce second article, j’ai choisi de vous parler du dernier David Foenkinos (lui aussi un de mes auteurs fétiches), lu dans l’après-midi, parce que quand on le commence, on ne le repose qu’une fois fini. Non pas parce que le suspense est intenable, mais parce qu’on ne se rend pas compte du temps qui passe au côté de ces personnages…

« Elle finit par remonter chez elle, l’ivresse ne l’avait pas délivrée. La douleur qui s’emparait d’elle offrait à son corps une acuité sans faille. Le châtiment à venir serait celui de la lucidité la plus acide. »

« Pour la première fois, elle ressentit une sorte de rage. L’envie de trouver des coupables à son désarroi. Une violence inédite la traversait, puis elle se calmait, puis cela revenait, et ainsi de suite. Son état faisait des aller-retours entre la hargne et le découragement. C’était épuisant, mais elle ne parvenait pas à dormir, comme condamnée à observer froidement sa chute. »

                Mathilde, professeur de français, nage dans le bonheur. Enfin, c’est ce qu’elle laisse paraître. Très vite, on se rend compte que son couple part à la dérive. Une dérive qui se solde par le départ de son compagnon. Commence alors le récit d’une vie qui bascule, après ces quelques mots « je te quitte. Notre histoire est finie ». On suit l’évolution de Mathilde, sa destruction puis sa reconstruction.

                L’universalité de la rupture, son incompréhension et la douleur qu’elle peut engendrer sont (trop) bien décrites, laissant le lecteur dans cet inconfort, ce vide si caractéristique à ces moments de la vie. Une fin osée, qu’on ne soupçonne pas. On en tombe dans les dernières pages. Un roman qui pose la question de l’équilibre de soi, qui ne tient parfois qu’à un fil. L’égoïsme humain a-t-il des limites ?

DEUX SOEURS

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, Folio.

Afin d’inaugurer ce blog, j’ai choisi de vous parler d’un de mes auteurs préférés: Sylvain Tesson.

« Toute longue marche a ses airs de salut. On se met en route, on avance en cherchant des perspectives dans les ronces, on évite un village. On trouve un abri pour la nuit, on se rembourse en rêves des tristesses du jour. On élit domicile dans la forêt, on s’endort bercé par les chevêches, on repart au matin électrisé par la folie des hautes herbes, on croise des chevaux. On rencontre des paysans muets. »

En février 2019 est paru en poche son dernier roman (sorti en 2016 chez Gallimard). J’étais passée complètement à côté de ce dernier, et c’est sur le comptoir de ma librairie préférée que je l’ai vu. Ni une ni deux, il était dans mon sac…

Sylvain Tesson revient, après son accident. Il entreprend alors, à la fois comme une thérapie finale et comme un défi, une longue marche à travers les chemins oubliés de la France rurale. Un périple qui commence dans le sud-est de la France et qui s’achève dans le nord, au bord de la Manche. On suit l’auteur au grès de ses réflexions sur la déchéance de la terre, sur un physique qui le rattrape, immergé dans une nature qu’on ne sait plus apprécier. Une nature qu’on tente d’emprisonner, de contenir dans des endroits où le béton n’est pas encore de rigueur. Et puis, on découvre cet attachement que seuls encore les amoureux de la nature et les habitants de ces zones rurales ont pour leur pays, leur territoire, leur terre.

Un défi relevé, un style, celui de Sylvain Tesson mêlant sarcasme et douceur. Un livre qui se lit comme une ode à la vie !

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